Ecoetsavoir

Description simple de l'actualité économique

6
mar 2014

Nous avons reçu hier un rappel à l’ordre de la Commission Européenne concernant le niveau d’endettement de la France. Le gouvernement préfère rappeler que la France constitue la deuxième économie de la zone euro. Hors, la Commission Européenne nous place dans le mauvais wagon : ceux qui ont une dette publique trop élevée, une faible compétitivité et un fort coût du travail. On nous répète souvent que la France ne sera jamais en situation d’insolvabilité, faut-il donc s’inquiéter du niveau d’endettement de notre pays ?

La France ne peut plus utiliser la planche à billet pour rembourser sa dette. Certains vous diront que c’est à cause de l’euro et du rôle de la BCE, ce qui est vrai. Mais la France a refusé de faire appel à la Banque de France pour créer de la monnaie depuis 1973, préférant ainsi se financer sur les marchés. Dès lors, le pays fait appel à la facilité en s’endettant constamment. Aujourd’hui, le niveau d’endettement est de l’ordre de 90% du PIB. Ce taux ne va pas cesser de croître puisque c’est l’état qui va financer les économies du pacte de responsabilité. L’état ne peut plus, en effet, utiliser le taux d’imposition qui est déjà à un niveau très élevé. Le taux d’endettement pourrait, selon certains experts, atteindre 100% d’ici quelques années. En gros, la dette de l’état sera égale au montant des richesses produites par notre pays.

Certains vous diront que la France a toujours remboursé ses créanciers et que l’horizon d’une insolvabilité du pays est impossible. Pourquoi faut-il s’inquiéter alors ?

Déjà parce que le niveau de la dette ne risque pas de diminuer au fil des années. En effet, déjà que le PIB Français ne repart pas à la hausse, le montant des dépenses ne cesse de croître, alimenté notamment par la hausse continue du chômage depuis le début de la crise.

Deuxièmement, et c’est le plus inquiétant, la mauvaise santé financière du pays inquiète les institutions et les investisseurs internationaux qui exigent des primes de risque plus importantes pour prêter au gouvernement français. La note de la France a ainsi été dégradée par les agences de notation, et c’est surtout les taux d’intérêt qui augmentent, atteignant en ce moment des niveaux record. Il coût dès lors de plus en plus cher à la France de s’endetter. En effet, la France n’arrive pas à envoyer de bons signaux au marché : elle n’arrive pas à remplir les critères imposés par la Commission Européenne, et reçoit en plus des avertissements de la part de cette dernière.

Ce qui est le plus impressionnant, ce sont les réactions des hommes politiques français face à ces remarques qui annoncent être sur la bonne voie et continuer leur politique actuelle. Mais lorsqu’on vous considère dans le même état que l’Irlande et l’Espagne, je pense qu’il y a des raisons de s’inquiéter. En effet, depuis le début de la crise, la France se réjouit de ne pas être dans la même situation que nos voisins Italiens ou Espagnols. Mais aujourd’hui, ces pays n’ont rien à nous envier, au contraire. A force de nous imaginer « moteurs » de la croissance européenne, en nous comparant à l’Allemagne, nous avons oublié de regarder que la situation économique de notre pays se dégradait d’années en années. Et aujourd’hui, ce sont des institutions internationales qui nous rappellent à l’ordre pour nous remettre les pieds sur terre.

Que nous reste-t-il à faire ? Pour diminuer le taux d’endettement, il faut agir sur les deux variables :

- Diminuer la dette en réduisant notre train de vie via une réduction des dépenses publiques.

- Relancer la croissance de notre pays, via notamment une augmentation de nos exportations (grâce à des gains de compétitivité réalisés par une baisse du coût du travail)

L’essentiel est d’envoyer un signal au marché grâce à de vraies mesures structurelles agissant sur les variables macroéconomiques de notre pays. Si les taux d’intérêt continuent de s’envoler c’est peine perdue pour nous.

Au final, nous avons voulu l’Europe et nous devons en assumer les conséquences. Lorsqu’une institution comme la Commission Européenne vous rappelle à l’ordre, c’est qu’il est temps de se mettre au travail et de changer les choses, au lieu de se focaliser sur notre statut de puissance économique mondiale. Nous sommes effectivement une des premières puissances économiques mondiales, mais de plus en plus sur le déclin.

5
mar 2014
Posté dans Non classé par ecoetsavoir à 9:47 | Pas de réponses »

Notre monnaie commune reste à un niveau élevé malgré une croissance qui ne redémarre pas et des taux d’endettement supérieurs aux critères de Maastricht. Le débat est lancé depuis les déclarations d’Arnaud Montebourg, jugeant une baisse de l’euro indispensable pour relancer les exportations de la France. L’euro est-il trop fort ?

L’euro est une monnaie forte, et tant mieux. Malgré quelques menaces au cours des années 2000, la monnaie commune est restée à un niveau stable dans le temps. Avoir une monnaie forte évite les menaces de spéculations à la baisse et signifie la confiance des investisseurs dans notre monnaie. Elle représente une monnaie solide et de refuge. De plus en plus d’actifs sont libellés en euros et les banques n’hésitent pas à se constituer des réserves en euros, en délaissant des monnaies comme le yen, en déclin sur le marché des changes.

Avoir une monnaie faible et instable est source d’inflation. Regardez les monnaies sud-américaines. Reposer son économie sur la faiblesse de sa monnaie pour impulser les exportations est source d’inflation dès que le ralentissement de la demande mondiale se fait sentir. Aujourd’hui on assiste à une inflation à deux chiffres en Argentine, et à une population brésilienne en colère face à l’augmentation du coût de la vie.

Si Montebourg attaque l’euro sur son haut niveau c’est en grande partie parce que la majorité des exportations françaises se font sur le marché unique européen, pénalisé par la crise actuelle ce qui ralentit la demande européenne. La France doit donc trouver des débouchés hors de la zone euro (d’où les récentes tentatives d’accord de libre-échange avec les états unis). L’euro est certes à un niveau très élevé, mais attaquer notre monnaie pour expliquer les difficultés de nos entreprises à exporter, c’est se tromper de cible.

Ma réflexion vient du fait que l’Espagne, avec un taux de chômage de 25%, a réussi à relancer magistralement ses exportations, grâce à une forte diminution du cout du travail. En France, le coût du travail est trop élevé, et le gouvernement a commencé à entreprendre un semblant de quelque chose avec le pacte de responsabilité. Attaquer la valeur de notre monnaie, c’est s’attaquer à un mauvais problème.

Nous avons réussi au fil des années 2000 à créer une monnaie commune forte et qui attise la confiance des investisseurs. Peut-être qu’une dévaluation de l’euro relancera les exportations, mais l’inflation fera son retour. Cette inflation gommera certes la dette publique française, mais ruinera le pouvoir d’achat des salariés, en partie à cause de l’inflation importée qui concerne des produits à des prix très instables aujourd’hui (pétrole, céréales, …) ainsi que les espoirs de reprise économique en France.

En quelque sorte, Montebourg joue la facilité en attaquant l’euro, et se détourne de deux problèmes majeurs : le coût du travail élevé en France et la perte de compétitivité des entreprises françaises.

21
fév 2014

Depuis plusieurs mois, nous entendons parler d’un risque de déflation au sein de la zone euro. Qu’est-ce que la déflation, pourquoi apparaît-elle et pourquoi faut-il lutter contre?

La déflation est une baisse générale du niveau des prix. Elle a caractérisé la période d’après guerre dans les années 1920 et représente une menace pour les économies. Au début du XXe siècle, plusieurs hommes politiques (dont Churchill) ont mené des politiques déflationnistes pour rééquilibrer les comptes des états et relancer les exportations, malgré les avertissements de plusieurs économistes comme Keynes qui préféraient plutôt une dévaluation des monnaies. Aujourd’hui, les politiques d’austérité menées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal menacent  l’apparition d’une déflation au sein de la zone euro.

Comment apparaît une déflation? D’une manière générale, lorsque l’offre est supérieure à la demande, les prix tendent à baisser. En effet, face à une chute de la consommation, les entreprises préfèrent baisser les prix pour relancer les ventes. Cette situation est en partie dûe aux plans d’austérité menés en zone euro via una hausse des impôts et une baisse des dépenses publiques. Mais ce n’est pas tout.

L’apparition du chômage de masse en est une cause. En effet, les salaires ont tendance à baisser puisque les chômeurs sont prêts à tout pour être embauché, même à avoir un salaire plus bas qu’avant. Les employeurs jouissent d’un pouvoir qui n’existe plus en période de plein emploi.

Enfin, la hausse générale de l’épargne générée par les craintes des consommateurs et surtout par le vieillissement de la population créent une baisse de la consommation globale.

A première vue, une baisse des prix devrait relancer la consommation, hors ce n’est pas le cas. La déflation est une situation terrible qu’il faut à tout prix éviter, car l’apparition d’une spirale déflationniste ne peut relancer la croissance d’un pays.

Déjà, une baisse continue des prix retarde la décision d’achat. En effet, pourquoi acheter cette voiture si je peux l’avoir moins chère demain? Paradoxalement, la baisse des prix réduit donc le chiffre d’affaires des entreprises.

Qui plus est,  elle déprime les consommateurs. Qui dit déflation dit baisse du salaire nominal, ce qui crée une choc psychologique chez le consommateur, peu propice à une hausse de la demande.

Enfin, la déflation augmente le taux d’intérêt réel (taux nominal – taux d’inflation) ce qui augmente l’endettement. Dans un contexte de sur-endettement privé mais surtout public, la baisse générale des prix augmenterait notre dette, ce qui pousserait les états à accentuer l’austérité.

Au final, le risque d’une déflation c’est qu’elle arrive à s’auto-entretenir : baisse des salaires donc baisse de la consommation puis baisse des prix, … Il existe cependant de nombreux outils pour sortir d’une situation déflationniste.

Les moyens de sortie sont nombreux, mais sont-ils utilisables? . Le but est de relancer l’inflation par tous les moyens. Cependant, à l’heure actuelle, les moyens sont limités. Les taux d’intérêt sont proche de zéro, les dettes publiques ne sont pas résorbées ce qui n’encourage pas les hommes politiques à stoper les politiques d’austérité, et l’euro reste fort.

Les marges de manoeuvre sont très limités, et laisse craindre une situation comme au Japon, en récession déflationniste depuis plus de 20 ans et qui présente de grandes similitudes avec la zone euro (population agée et un fort taux d’épargne).

 

Avec le nombre d’économistes ayant analysé les crises précédentes et les outils théoriques disponibles, nous sommes en droit de nous questionner sur le rôle des économistes dans la prévention de la crise de 2008. Pourquoi n’ont-ils rien vu venir ?

Disons simplement qu’il y a d’un côté ceux qui n’ont pas été écoutés, et ceux qui n’ont pas voulu admettre qu’une crise grave allait arriver.

En économie, il y a différents courants de pensées, qui s’imposent selon certaines périodes. Depuis les années 80 et la fin du règne keynésien, le courant de pensée qui a émergé et qui domine est la nouvelle macroéconomie classique, avec des économistes comme Robert Lucas, prix Nobel 1995. Leur leitmotiv est le désengagement de l’état au profit du libre-jeu du marché. Reagan annonce la couleur lors de son discours d’investiture en déclarant : “L’Etat n’est pas la solution à nos problèmes… l’Etat est le problème ». Les élections successives de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher ont permis à ces idées dîtes libérales d’être menées par des hommes politiques à la tête de grandes puissances économiques et de s’imposer petit à petit dans le monde entier. François Mitterrand a par exemple  dû se plier à la politique de désinflation compétitive en 1983, deux ans après son arrivée au pouvoir.

Le courant keynésien a alors disparu de l’horizon économique, si bien que dans la majorité des universités américaines, formant les futurs économistes et hommes politiques, les cours sur Keynes ont disparu des programmes.  Les quelques économistes keynésiens, comme Paul  Krugman aux Etats-Unis, prenant  conscience qu’une bulle immobilière de grande envergure se formait, ont prévenu qu’une grave crise allait arriver.  Mais les sonnettes d’alarmes tirées par ces derniers ne furent pas entendues par les décideurs des pays, car le modèle économique prôné par les non libéraux n’est pas celui qui domine sur la planète.

Le modèle qui règne sans partage est celui de la dérégulation financière, de l’austérité et de la loi du marché. La spéculation frénétique ne faisait évidemment pas partie des attentes des économistes libéraux, mais reconnaître que la crise est due à des notions qui n’étaient pas anticipées par ces derniers, c’est reconnaître que leur modèle de base n’est pas bon. Il faut comprendre que les libéraux ont connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale une domination du keynésianisme et de l’intervention étatique. Lorsque leurs théories ont pris le dessus à la fin des années 1970, ce fut pour eux une revanche. Ils ne pouvaient se permettre de reconnaitre leur erreur, et de laisser la place à un retour du keynésianisme politique.

Les idées libérales dominent toujours dans l’état d’esprit de ceux qui nous gouvernent. Vous me direz qu’Obama est démocrate ou qu’Hollande est socialiste, mais ce ne sont pas vraiment eux qui prennent les décisions. Aux Etats-Unis  c’est le Congrès qui décide, dominé par les républicains. En Europe, toutes les décisions monétaires sont prises par la BCE, dominée par la doctrine libérale.

Au final, les arguments keynésiens ne peuvent être mis en avant et l’implication de la politique économique libérale dans la formation et la non prévention de la crise ne peuvent être dénoncées puisque les libéraux continuent d’être au pouvoir, face à une crise qu’ils ont pourtant provoqué

29
jan 2014
Posté dans Non classé par ecoetsavoir à 10:28 | Pas de réponses »

Avec un taux de chômage élevé, une croissance qui ne repart pas, et la situation difficile de pays comme la Grèce ou l’Espagne, nous sommes en droit d’avoir des doutes sur la solidité de la zone euro et de nous interroger sur son avenir.

Le but premier n’a jamais été de créer une monnaie unique pour les pays européens. L’objectif principal était : la paix. Au fil des années, on a compris que la paix entre les pays pouvait amener une multiplication des échanges, d’où la création en 1952 de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) puis petit à petit du marché commun que constitue l’union européenne.

Au final, l’intérêt était total dans la constitution du marché commun : multiplier les échanges. L’étape ultime était donc la monnaie unique, mais tout le monde n’était pas favorable. Certains pays, membres de l’union européenne ont refusé (à l’image de la grande Bretagne, déterminée à garder sa livre sterling). En effet, rejoindre la zone euro devait être fait au prix d’importants sacrifices. Les pays qui ont voulu la création d’une zone euro ont multiplié les efforts pour rester dans le serpent monétaire ou pour réduire leur dette publique et leur déficit à des taux imposés par le traité de Maastricht. La France a par exemple augmenté ses taux d’intérêt au début des années 1990 pour s’aligner avec l’Allemagne, en plein de phase de réunification, ce qui a plombé la croissance française pendant plusieurs années. Ces efforts ont découragé  plusieurs pays comme la grande Bretagne, qui faisait partie du serpent monétaire, pour le quitter en 1978.

Quels sont donc les arguments de ceux qui ont refusé cette union monétaire ? D’une certaine façon, adhérer à l’euro c’est dire adieu à l’autonomie de sa politique monétaire, aujourd’hui dictée par la Banque Centrale Européenne. Lorsque la situation va mal dans un pays (par exemple, la balance courante est déficitaire), un pays qui contrôle sa politique monétaire peut dévaluer sa monnaie (elle perd de sa valeur), ce qui donne logiquement une impulsion aux exportations du pays et peut relancer la croissance. Pour cela, il faut que la dévaluation soit acceptée par les investisseurs sur le marché des changes, ce qui a été souvent le cas historiquement parlant.

Néanmoins, depuis la fin de Bretton Woods, les monnaies nationales flottent, c’est-à-dire qu’elles subissent le libre jeu de l’offre et de la demande sur le marché des  changes. De nombreuses monnaies européennes ont subi des attaques depuis le milieu des années 1970, entrainant une dépréciation des monnaies. L’exemple le plus frappant est l’attaque de la livre par le célèbre financier Georges Soros en 1992. En gros, les investisseurs parient sur la chute d’une monnaie selon la santé économique d’un pays et créent un vague de crainte sur le marché des changes. Les investisseurs se débarrassent de la monnaie en question, ce qui entraine sa dépréciation. La livre anglais, la lire italienne et même le franc ont subi ce type d’attaque. Adhérer à l’euro, c’est se protéger de ces attaques, en constituant une zone monétaire solide et crédible sur le marché des changes.

En 2001, les euros apparaissent dans notre porte-monnaie, quelles conséquences à cela ? Certains vous diront que désormais, il est plus simple de voyager en Europe car on n’a plus besoin d’aller dans les banques changer de monnaie. En quelque sorte, c’est ça. Les cours fluctuants des monnaies ralentissaient les échanges en reportant les décisions d’achats et d’investissements. Ce sentiment d’incertitude pénalisait les échanges et les contrats de long-terme. Désormais, tous les pays membres de la zone euro possèdent la même monnaie, ce qui facilite les échanges dans ce marché commun. La multiplication des échanges est facilitée et encouragée par la création d’une monnaie unique.

Néanmoins, depuis 2008, la zone euro rencontre des difficultés et alimente les débats au sein des pays membres. Selon certains, c’était une erreur. Selon moi, on s’y est pris trop tôt et trop vite. Pourquoi ?

Ce qui caractérise l’Europe aujourd’hui c’est la disparité des pays membres, tant au niveau de la richesse que du modèle économique. Vous avez des pays dont l’économie repose sur l’exportation (Allemagne, pays scandinaves), sur le marché  immobilier (d’où la grave crise que rencontre l’Espagne), des pays en retard économiquement (anciens pays soviétiques), … Toutes ces disparités provoquent des attentes et des espoirs différents face à l’euro et la politique monétaire de la BCE. D’où le débat récurrent : faut-il un euro fort ou un euro faible ?

L’euro est fort, et reste fort face à la crise. C’est en quelque sorte une valeur refuge pour beaucoup d’investisseurs qui se détournent du dollar dont le cours est jugé trop instable. Avoir une monnaie forte pénalise normalement les exportations d’un pays, sauf pour l’Allemagne. Logiquement, un pays exportateur devrait tout faire pour avoir une monnaie faible (ce que l’Espagne réclame), car la faiblesse d’une monnaie baisse le prix des produits exportés … sauf si vous possédez les meilleurs produits du marché. Dans ce cas, les clients ne se posent pas de question sur le prix du produit, ils cherchent la meilleure qualité possible, ce qu’est capable de produire l’Allemagne avec leurs voitures de qualité ou leur machines-outils performantes vendues aux américains pour leurs usines en chine. L’euro fort avantage l’Allemagne car elle est assurée de vendre ses produits à un prix élevé. De plus, depuis les années 20 et la période d’hyperinflation, les allemands ont eu peur terrible de l’inflation. Une monnaie qui se déprécie abaisse le prix des produits exportés mais augmente le prix des produits intérieurs. Bien que les autres pays ne soient pas d’accord sur la valeur de l’euro, la santé économique de l’Allemagne lui assure un poids et une crédibilité lors des prises de décision de la BCE. Il faut d’ailleurs savoir que l’Allemagne était réticente à rentrer dans la zone euro. Après tout, leur mark élevé a toujours tenu le fait d’entrer dans une zone monétaire avec des pays dont l’activité économique était risquée, pouvait représenter un danger. Mais après les efforts fait par les autres pays comme la France lors de la réunification, et on nom du long processus de création du marché commun, ils acceptèrent. D’où leur modèle économique qui s’impose et leur pression sur des pays comme la Grèce pour se remettre sur le droit chemin et arrêter de créer le doute sur la solidité de notre monnaie commune à tous.

Et nous dans tout ça ? Une monnaie dépréciée relancerait surement nos exportations, mais hors de question de se froisser avec nos amis allemands, à l’origine comme nous de l’union européenne. Il faut comprendre que s’aligner avec les allemands c’est dire : nous sommes aussi solides qu’eux. La France a du mal à voir la réalité en face : avec une dette publique qui atteint des niveaux record et un taux de chômage élevé, nous n’avons aucun poids dans la négociation. Mais il nous reste notre histoire et notre rôle de co-fondateur pour avoir encore du crédit en s’affichant à côté de l’Allemagne.

Ce qui dérange surtout beaucoup de pays membres, c’est la politique monétaire dictée par la BCE, située d’ailleurs … à Francfort. Elle prône l’austérité budgétaire et la lutte contre l’inflation. Dur pour un pays comme la France ou l’Italie, qui atteignent un taux de dette publique à 140%. Ce qui dérange surtout, c’est l’existence d’une seule politique monétaire pour 18 Politiques budgétaires. Théoriquement parlant, les hommes politiques doivent effectuer une Policy mix (un mélange de politique budgétaire et monétaire) afin de mener à bien l’économie d’un pays. Désormais les leviers d’action sont limités à la politique budgétaire, alors que la politique monétaire est dictée par une banque centrale indépendante. Pour relancer une économie, un pays peut par exemple effectuer une politique de relance, suivie d’une hausse de la masse monétaire en circulation afin de baisser les taux d’intérêts et de gommer la dette publique via l’inflation. C’est désormais impossible pour un état comme la France. Elle n’a aucun pouvoir de pression sur la BCE et celle-ci ne peut faire d’exception.

Pour comprendre l’ambiguïté de la situation, étudions le triangle des incompatibilités de Mundell. Selon l’économiste Suédois prix Nobel d’économie en 1999, il ne peut y avoir en même temps une fixité des taux de change, une politique monétaire autonome et une libre circulation des capitaux. Lorsque Bretton Woods s’est effondré, nous nous sommes affranchis des taux de changes fixes (les monnaies se sont mises à flotter) permettant ainsi aux capitaux de circuler librement et aux états de manier leur propre politique monétaire. Hors aujourd’hui, la présence d’une Banque Centrale indépendante prive les états de l’autonomie de cette politique monétaire. Au final, il ne reste qu’un seul critère sur les trois du triangle de Mundell.

L’euro a tous les défauts du monde alors ? Non ! Nous sommes juste allés trop vite en besogne. L’économiste Friedman, prix Nobel 1976 nous explique que pour qu’une zone monétaire soit optimale, il faut une monnaie unique, et la libre circulation des capitaux et des hommes, ce qui est le cas des états unis. Si l’activité est plus florissante dans une partie du pays, les américains sont prêts à déménager pour aller là où il y a du travail.

En Europe, il y a une monnaie unique, les capitaux circulent encore plus depuis qu’il n’y a plus de tarifs douaniers, mais au niveau des hommes, il y a encore du travail. Les flux d’hommes ne sont qu’à sens unique (des pays en voie de développement vers les pays développés). Il y a encore trop de disparités entre les pays, le SMIC par exemple est très différents entre la France et la Roumanie. Sur le long terme, si un secteur d’activité est florissant en Pologne, un ouvrier français ne devrait pas hésiter à partir travailler là-bas. Mais beaucoup d’éléments constituent des barrières à cette libre circulation des européens: le développement économique, la langue, l’histoire. Pour cela il faudrait une harmonisation des lois, des salaires, des diplômes et un rattrapage économique …. C’est-à-dire du temps. Au lieu d’attendre, nous avons créé l’euro tout de suite.

En période de croissance tout marche comme il faut : les échanges se multiplient. Mais dès qu’il y a une période de crise tout se remet en cause : les disparités surgissent, et on découvre que les leviers de politique économique de sortie de crise sont restreints. Le modèle théorique ne marche plus dès qu’une crise apparaît. La phase de croissance des années 2000 caractérisée par la bulle immobilière a caché les défauts de la formation de notre zone euro. Tout a été mis en lumière lorsque la bulle a éclaté.

Faut-il sortir de la zone euro ? Le débat est lancé depuis le début de la crise. Après tout, l’euro ne présente que des problèmes. Nous dépendons de la politique de la BCE et nous perdons notre autonomie dans la gestion de notre politique économique. Que des français pensent cela, je peux le comprendre car le sujet est délicat et compliqué. Mais que des personnalités politiques diplômées de l’ENA le mettent en avant, je ne comprends pas.

Sortir de l’euro c’est risqué. Sur quelle valeur rattacher le Franc ? Certains vous conseilleront : 1 franc = euro ou alors 6.557 francs = 1 euro comme au bon vieux temps. Mais ce n’est pas le pays qui décide, c’est le marché. Si l’on sort de l’euro, on envoie un signal au marché qui prouve que la France n’est pas assez solide économiquement pour rester dans la zone euro. Les investisseurs n’auront aucune confiance dans notre pays et donc dans notre monnaie. La monnaie chutera entrainant une forte inflation et surtout une fuite des capitaux.

Et pourquoi ne pas se rattacher à l’euro ? Le gouvernement s’engage à rester collé à l’euro (s’il monte, le franc monte et vice versa). Ce système marche très bien en temps normal, mais dès que l’euro monte fortement, la France doit s’engager à faire monter le franc, même si cela pénalise la croissance du pays. C’est ce qui s’est passé en Amérique du sud ou en Asie lorsque le dollar est fortement monté. Ces pays ont subi la crise la plus terrible de leur histoire, poussant l’argentine jusqu’au dépôt de bilan en 2002. Théoriquement parlant, le régime de taux de change fixe enlève de l’autonomie à la politique monétaire du pays, comme je vous l’ai expliqué avec le triangle des incompatibilités de Mundell.

Enfin, sortir de l’euro, c’est affirmer que la France ne soit pas arrivée à assurer son rôle de co-fondateur de l’union européenne. Soit une claque pour un pays fondateur comme la France.

Quelle solution alors ? Rester dans la zone euro évidemment et s’en sortir tous ensemble. Car c’est tous ensemble que l’on pourra s’en sortir. L’idée de l’Allemagne de scinder la zone euro en deux, selon l’état de santé des pays n’est pas bonne. Le repli sur soi n’a que des conséquences catastrophiques. Il faut se battre ensemble avec pour ligne d’horizon : la zone monétaire optimale. La zone euro ne peut se construire à moitié : soit on ne la fait pas, soit on la fait à fond. Peut-être pour voir naître un jour les « Etats-Unis d’Europe » imaginés par Victor Hugo.

Suite à la récente annonce du pacte de responsabilité de François Hollande, le débat est lancé sur la pertinence de ses propositions. D’une manière générale, il semblerait que le président ait choisi d’axer sa politique sur l’offre plutôt que sur la demande. A-t-il raison de concentrer ses efforts sur nos entreprises alors que le pouvoir d’achat des Français ne cesse de décroître?

Depuis les écrits de l’économiste anglais John Maynard Keynes dans les années 1930, la célèbre « politique de relance » est apparue comme une solution de sortie de crise. En effet, pourquoi le gouvernement ne s’efforce-t-il  pas de relancer la croissance en augmentant le pouvoir d’achat des français (baisse des prélèvements obligatoires et augmentation des prestations sociales) ? Après tout, une augmentation des salaires et des investissements publics redynamiserait la consommation, la croissance ainsi que les embauches.

Je vais d’abord vous expliquer, dans un premier temps, en quoi une politique de relance dite keynésienne semble inefficace. Théoriquement parlant,  une hausse des dépenses publiques relancerait la consommation finale et l’investissement privé. Lorsque l’état augmente les investissements publics, l’effet généré par cette augmentation de masse monétaire disponible dans le circuit économique est donné par un coefficient nommé multiplicateur (égal à 1/s qui est la propension à épargner,  à savoir la part de notre revenu que l’on consacre à l’épargne). Mais le modèle keynésien repose sur l’hypothèse cruciale d’économie fermée. L’échec de la politique de relance de Chirac en 1975 a fait prendre conscience que la propension à importer m (c’est-à-dire la part du revenu consacrée aux importations) est un nouvel élément majeur à prendre en considération dans une politique économique. Aujourd’hui, m ne cesse de croitre. Prenons un exemple : il est évident que si notre salaire augmente, nous consommerons d’avantage. Mais de quoi sera constitué notre panier ? Un iPhone construit par Apple, une BMW construite par nos voisins allemands ainsi que des meubles IKEA de nos confrères  Suédois. Dès lors l’effet du multiplicateur keynésien diminue étant donné qu’il est désormais égal à 1/s+m. Une hausse des dépenses de l’état ne se traduira pas forcément par une hausse des ventes des entreprises françaises. Pour l’anecdote, il est aussi bon de noter que la sortie de crise des années 30 a été en grande partie possible grâce aux investissements publics de réarmement en vue de la seconde guerre mondiale. Je doute qu’une nouvelle guerre mondiale soit en perspective.

Dans son discours, Hollande a eu le malheur de dire que « l’offre crée sa propre demande ». Notre président à tous a eu le malheur d’opter pour des arguments libéraux vieux de plus d’un siècle, rédigés par l’économiste français Jean-Baptiste Say. Selon lui, il ne peut y avoir de crise générale de surproduction étant donné qu’un produit sera toujours vendu en vue d’en acheter un autre par la suite. Hollande s’est malheureusement trompé de support théorique. Il y a eu de multiplies crises de surproduction, et la crise des années 30 est là pour nous le rappeler. Say nous explique qu’il peut exister de petites crises passagères, qui seront contrées  grâce à une flexibilité des prix et des salaires : c’est là que l’erreur d’hollande réside. Aujourd’hui les prix, mais surtout les salaires sont rigides à la baisse et non flexibles. Hollande a décidé d’alléger les charges patronales, au nom d’un pseudo compromis avec les entreprises françaises, qui doivent en contrepartie s’engager à embaucher 1 Million de français. Dans un cadre de pensée socialiste, caractérisée par une méfiance envers le patronat, hollande préfère l’espoir d’un accord donnant-donnant  plutôt qu’une confiance totale envers les entreprises françaises. Car hollande omet une chose importante, ce sont elles qui créent des emplois. Bien sûr il y a eu un geste envers elles via un allègement des cotisations sociales de 35 milliards d’euros, mais je vais vous montrer que cette proposition ne permettra pas à l’économique française de repartir.

Je vous disais qu’hollande s’était trompé d’outil théorique. Il faut savoir qu’entre les arguments  libéraux et Keynésiens, il existe une multitude de théories et d’analyses économiques qu’il faut prendre en compte. Prenons la théorie du déséquilibre, inspirée des ouvrages de Don Patinkin et de l’économiste Français Edmond Malinvaud parus dans les années 50 et 60. Selon eux, au-delà d’un certain seuil, la demande de travail par les entreprises n’augmente plus, même si les salaires baissent. Ce sont les débouchés de la production anticipée qui déterminent l’embauche. Dans un contexte de mondialisation, les ventes sont tirées par la consommation mondiale. Aujourd’hui, les profits des entreprises françaises ne seront plus jamais uniquement tirés par la demande intérieure. Les pays émergents, qui voient leurs niveaux  de salaires augmenter, constituent une demande croissante. Mais l’appareil productif français n’est pas adéquat à répondre à cette demande. Je doute qu’un salarié chinois, en quête d’une voiture, accepte d’acheter une Renault ou une Citroën. Il se tournera vers les meilleures voitures du marché, à savoir les voitures allemandes. Dans ce contexte, les efforts du gouvernement doivent se centrer sur la modernisation de l’appareil productif  français. Le but est d’améliorer leur compétitivité et leur investissement dans les innovations. Certains essaieront de vous contredire, en affirmant que la demande mondiale stagne, à l’image des ventes des voitures françaises qui ne cessent de diminuer. Pourtant, Toyota (leader mondial du marché automobile) a vu ses ventes croitre de 2% en 2013, sur un marché supposé atone. Je doute là aussi que Toyota réalise la majeure partir de ses ventes au Japon, qui vit une récession et une déflation chronique depuis plus de 15 ans. La vraie question à se poser repose sur notre capacité à fabriquer des produits exportables dans le monde entier.

Heureusement pour nous, la France possède de grandes ressources. Nous avons certes de grandes entreprises mondiales du type Danone et EADS mais qui réalisent la majeure partie de leur activité hors de France et qui ont réussi à anticiper et à s’adapter à la demande mondiale pour réussir. Ce ne sont pas ces entreprises qui nous intéressent, ce sont les PME. Elles représentent l’avenir du pays. Ce sont elles qui doivent investir, attirer les capitaux étrangers et embaucher les Français. Le modèle de la start-up américaine n’est pas à ce jour transposable en France. Nous ne sommes pas un foyer d’entrepreneuriat. Le but est d’inciter les jeunes français à se lancer, à créer et à innover via une formation efficace et un allègement fiscal afin de se développer et de se démarquer dans un marché mondial de plus en plus concurrentiel. Aujourd’hui, les hauts diplômés français partent travailler à l’étranger dans des pays qui les accueillent à bras ouverts pour leur savoir-faire et leur ingéniosité. Il faut les garder, les encourager à développer leur potentiel sur notre territoire. Tout un débat a été lancé sur la pertinence de notre modèle éducatif. Ce qui est sûr, c’est que le jeune français n’a plus envie de tenter l’aventure et d’entreprendre. Il n’y a plus ce goût de créer et d’innover.

Le défi semble de taille et peut être hors d’atteinte pour un pays désormais limité économiquement comme la France. Mais la France n’est pas seule, et s’inscrit depuis plusieurs décennies dans une union monétaire, sociale et économique que constitue la zone euro. Les pays européens avaient saisi au début des années 2000 leur retard sur les états unis et le japon au niveau de l’innovation et du développement de leurs entreprises. Ils ont décidé de créer « la stratégie de Lisbonne » qui vise à faire de l’union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».  Vous avez bien compris comme moi que ce projet est tombé à l’eau, frappé par la crise actuelle et le repli sur soi des pays européens, pourtant signataires de cette stratégie. Mais l’idée et la prise de conscience ont été là. L’objectif est la création d’un appareil productif européen, centralisant les investissements et le savoir-faire de toute l’Europe, afin de conquérir les marchés de l’avenir, dont font parties les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Pour réaliser ce projet, l’Europe doit devenir une zone monétaire optimale caractérisée par une monnaie unique, et une libre circulation des hommes et des capitaux. L’existence de fortes disparités économiques et sociales entre les pays membres et le sentiment de non-appartenance à cette union ralentissent ce processus. Cela passe par exemple par une harmonisation des diplômes, des salaires et des lois,  mais surtout par une politique budgétaire commune. Car en effet, la zone euro possède l’originalité d’avoir une politique budgétaire pour chaque pays membre mais une seule politique monétaire dictée par la Banque Centrale Européenne. Les leviers d’actions des gouvernements européens sont donc grandement restreints.

L’union européenne représente l’avenir de notre pays. Si nous tournons le dos à l’Europe, nous faisons une croix sur le retour de la croissance et du développement de notre pays. Nous pouvons nous en sortir, mais pas seuls. La fierté française doit surement en prendre un coup, mais la France doit prendre conscience qu’elle n’est plus ce qu’elle était. Le phénomène de rattrapage de la part de pays asiatiques et sud-américains est bien réel. Si nous voulons redevenir un acteur majeur sur les marchés, et non pas un simple pays qui attire des millions de touristes par an, nous devons relever ce défi. C’est un pari et un investissement sur l’avenir. Mais la prise de risque n’est-elle pas l’essence même du capitalisme ?

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